— Théo Grand : Bonjour, je me présente, d'abord, je m'appelle Théo Grand et je suis en troisième année d'études d'infirmier, donc en fin d'année. Mes pathologies, c'est un peu complexe parce que j'ai une dyslexie qui a été diagnostiquée très tôt dans ma jeunesse, qu'on peut dire assez intense. Je suis à peu près tous les dys, entre guillemets.
Ça englobe beaucoup de pathologies dans une.
Question : Quels sont tes troubles ?
La dysgraphie, c'est-à-dire un problème d'écriture. Depuis tout petit, j'ai de la peine à écrire des phrases sans fautes. Dyscalculie, tout ce qui est pour les calculs, je mets un plus grand laps de temps qu'une personne normale pour faire un calcul. Maintenant, ça a été résolu avec le temps, mais c'est quelque chose qui m'a posé beaucoup de problèmes, et la dyspraxie, qui est plus sur l'attention, toutes ces choses-là.
Question : Quand as-tu été diagnostiqué ?
C'était à l'école primaire. Quand on a commencé à faire des dictées pour se préparer au CP, on a vu qu'il y avait un énorme couac entre moi et les autres élèves. Même écrire mon nom, c'était compliqué à cet âge-là. Avec ces pathologies, les profs et les autres étudiants nous mettent souvent dans des cases de quelqu'un de moins intelligent ou qui a des lacunes en cours. Il y a une batterie de tests globale pour essayer de mettre un nom sur le problème.
J'ai aussi passé un test de QI pour bien montrer que mon intelligence n'était pas moindre que les autres et que c'était plus une pathologie qu'un manque d'efficacité, un manque d'intelligence ou autre.
Question : Comment as-tu vécu ta scolarité ?
Dès le CP, j'ai eu une AVS, c'est une personne qui était avec moi, lisait et écrivait à ma place. J'en ai énormément souffert très jeune parce qu'on n'a pas la même scolarité que les autres. Malheureusement, on est un peu mis de côté. J'ai eu ce sentiment très vite de ne pas avoir mon destin entre les mains. J'avais l'impression qu'on prenait des décisions, très petit, à ma place, de profs qui me mettaient une étiquette car j'avais des lacunes. Grâce surtout à ma mère qui m'a beaucoup poussé, qui, dès petit, m'a dit que cette dyslexie, au début, ça allait être un handicap, mais plus tard, ça serait une force.
C'est ce qui m'a motivé à garder le cap et suivre mes réelles envies malgré mon handicap.
Question : Comment gères-tu tes dys dans ton métier ?
Cette pathologie, même si elle est très connue, les gens ne savent pas exactement à quoi ça correspond. En stage, je préviens l'équipe de mon problème. Grâce à la dictée vocale de mon téléphone, je vais écrire mes transmissions de la journée, et après les retranscrire avec le clavier sur l'ordinateur pour faire des transmissions correctes.
Ce qui est bien en IFSI, c'est que tous les cours sont donnés par PDF ou PowerPoint, donc je n'ai plus ce problème-là, comme je vous ai cité tout à l'heure, d'écriture, d'écrire sur un tableau et de retranscrire sur une feuille.
Question : Est-ce que tu y vois quelque chose de positif ?
Je sais qu'il faut que j'en fasse plus que les autres, mais finalement, ça porte souvent ses fruits sur d'autres facultés. L'écriture, c'est une lacune, c'est un fait, mais pour faire un pansement, poser une voie veineuse ou des choses très techniques, je fais les liens très rapidement, même pour les pathologies, quand il y a des symptômes, etc.
Je pense qu'avec la dyslexie, notre cerveau est différent des autres, mais il n'est pas moindre. Il réfléchit juste d'une manière différente. Grâce à mes parents et grâce aux orthophonistes, j'ai su tirer mon épingle du jeu, si je peux dire, en compensant mes lacunes.
Question : D'après toi, la dyslexie est-elle suffisamment reconnue en France ?
C'est vrai que j'ai trouvé que dans mes études primaires, j'ai ressenti qu'on ne savait pas ce que c'était. C'était vraiment comme si on était la personne différente et bizarre du groupe. J'ai évolué dans les études et maintenant, je trouve que c'est bien pris en charge. Par exemple, à l'IFSI, j'ai tout de suite été bien pris en charge, écouté, on m'a tout mis à disposition pour réussir. On me laisse l'opportunité, par exemple, pour nos évaluations d'avoir notre tablette, d'écrire en dictée vocale, tout dépend de notre environnement.
Question : Un conseil aux personnes qui sont atteintes aussi de dyslexie ?
C'est vraiment : croyez en vous. C'est une phrase bateau qu'on entend partout, mais le monde n'est pas fait de personnes pareilles, on n'a pas tous les mêmes qualités ou défauts. C'est ça qui fait la beauté de ce monde, donc il faut apprécier nos problématiques et aussi nos points forts, bien sûr. Permettez-vous d'exister car vous avez votre place ici, donc permettez-vous de briller.