— Je m'appelle Louis Gustin. Je suis né à Metz, en Lorraine, le 12 juin 1990. Les pathologies que j'ai, c'est premièrement l'aphasie. C'est une conséquence d'un AVC. C'est une perte totale ou partielle de la capacité à s'exprimer. Mon deuxième handicap, c'est l'hémiplégie. C'est ma capacité à ne pas pouvoir serrer la main droite, mais ça concerne aussi ma jambe.
Question : Dans quel contexte as-tu été victime d'un accident vasculaire cérébral (AVC) ?
C'était à Varsovie, en Pologne, le 27 février 2015. J'avais 24 ans et c'était dans le centre de Varsovie, parce que j'ai fait mes études de droit public à Metz, à Strasbourg et j'ai fait 2 ans d'Erasmus à Varsovie. C'était à la fin de mes études. On était tous réunis pour fêter notre diplôme du Collège d'Europe. Là, j'ai eu un AVC. Il n'y avait pas de facteurs pour expliquer pourquoi j'ai eu un AVC. Ma compagne a eu également un AVC, elle est médecin, et elle n'a pas trouvé non plus quelle était la cause.
Question : Comment as-tu fait pour te sortir de ce mauvais pas ?
Quand je me suis retrouvé à l'hôpital, je ne pouvais plus parler. C'était très dur, et je ne pouvais plus écrire. Maintenant, je suis gaucher, donc j'ai dû réapprendre tout : le langage et la façon d'écrire. Ça fait plusieurs années que j'ai eu mon aphasie, j'ai eu plein de séances d'orthophonie, mais aussi, j'ai eu beaucoup de séances de kiné ou d'ergothérapie pour récupérer ma façon de marcher et serrer la main. Mais j'ai encore de nombreuses séquelles.
Question : Est-ce que tu peux faire du sport ?
Je peux refaire de la course. Je peux nager, je peux faire de l'escalade. On fait du sport, on va à la piscine régulièrement. Moi, je nage dans les lacs. On s'est inscrits au marathon d'Annecy pour les 10 km. Je me suis inscrit pour faire des triathlons en relais. Je peux même faire de la plongée sous-marine, je peux faire du vélo en étant sur un tricycle. Quand je marche, je cours ou je nage, il faut que je sois attentif pour ne pas tomber.
Question : Comment le théâtre t'a-t-il aidé après ton AVC ?
Le théâtre, j'en avais fait à Metz, avant mon AVC. Je voulais retrouver la scène, mais en étant aphasique. Ça fait 4 ans que j'ai rencontré un professeur de théâtre, qui a bien compris ce que je voulais. Et on a répété un peu mon témoignage avec deux, trois blagues. C'était vraiment pour moi un exercice d'orthophonie. C'est quand même difficile, mais au final, j'ai pris confiance en moi. Je pouvais beaucoup plus facilement être sur scène. J'ai fait 80 conférences, et même plus de 80 conférences, en France, en Suisse, en Belgique, au Canada, au Québec, en Espagne. Je me suis dit : "Il y a vraiment moyen que tu fasses quelque chose de vraiment beau, encore plus beau qu'une conférence."
Question : Comment gères-tu ton handicap avec ton fils de 3 ans ?
On a eu un fils qui est né le même jour que moi, il a 3 ans maintenant, et on fait beaucoup, beaucoup de choses, notamment du sport. Il ne sait pas qu'on est handicapés. On essaie de lui montrer qu'il peut faire tout ce qu'il veut. Il faut que je prouve à mon fils, et puis pour moi, que je peux réaliser des choses pour être un bon père. Je ne sais pas si je vais être un bon père, mais que mon fils ait une motivation énorme pour réaliser des projets.
Question : Comment ça se passe au travail ?
J'ai passé un concours de l'administration pour l'institut régional d'administration de Metz. Je suis fonctionnaire depuis 2021. On a décidé de partir en Haute-Savoie avec ma compagne. Je me suis mis en disponibilité, ça va faire maintenant 2 ans.
J'ai retrouvé un boulot à l'ADTP, assistant RH. On est sous-traitant électronique pour différents clients, des poêles, des trains, etc. Je suis un salarié comme les autres, en sachant que je suis dans un environnement bienveillant et qu'il y a des tonnes de personnes handicapées dans l'association.
Question : Un conseil pour les personnes handicapées suite à un AVC ?
Pour moi, les personnes qui sont aphasiques, elles doivent avoir un orthophoniste. Point barre. Et puis après, il y a un autre élément : il faut faire des rencontres.
Par exemple, si vous allez acheter votre pain, peut-être que vous allez difficilement acheter votre pain, mais il faut y aller. Il faut se mouiller. Moi, j'ai une phrase que m'a dite mon père, quand j'étais alité, il m'a dit : "L'avenir appartient aux audacieux."