Agora : le data hub de la formation professionnelle

Le Jeudi 2 juin 2022

Tout savoir sur la formation professionnelle en France ! Identifier les dispositifs les plus efficaces ! Piloter, orienter les fonds publics à partir de données exhaustives en temps réel ! Avec Agora, mise en œuvre par la Caisse des Dépôts à la demande du ministère du Travail, c’est possible.

Agora est la plateforme numérique de référence pour la centralisation des données de la formation professionnelle. Elle est mise en œuvre et gérée par la Caisse des Dépôts à la demande de la Délégation générale à l’emploi et à la formation professionnelle (DGEFP) du ministère du Travail, de l’Emploi et de l’Insertion. C'est le data-hub de la formation professionnelle financée - tout ou partie - sur fonds publics ou mutualisés en France, un gisement de connaissances gigantesque, qui agrège en temps réel des données puisées dans les principales sources, applications et référentiels de l’emploi et de la formation professionnelle. 

Quelle est la finalité d'Agora ?

Agora permet aux organismes financeurs de partager entre eux leurs informations pour un même dossier, ce qui simplifie les tâches administratives et met en visibilité les entrées et sorties de formations des stagiaires. Il permet aussi de produire des statistiques conséquentes. Auparavant, les acteurs finançaient des formations sans avoir la possibilité de savoir si le stagiaire avait réussi à obtenir une certification.

Datavisualisation et enjeux de politique sociale

Sébastien Blain, business analyst data pour Mon Compte Formation à la direction des politiques sociales de la Caisse des Dépôts, nous explique les finalités d’Agora

"En créant Agora et en rendant obligatoire son alimentation par l’ensemble des opérateurs finançant la formation professionnelle, le législateur entend améliorer la connaissance des effets des politiques publiques en matière de formation professionnelle continue à travers la consolidation et le partage des données de l’ensemble des acteurs concernés par les parcours de formation et leurs déterminants.

L’enjeu de cette valorisation des données ? Beaucoup de dispositifs de financement existent ; le CPF en est un. Il faut que ces financements contribuent au bien public, à redynamiser les secteurs et bassins d’emplois du niveau local au niveau national.

Le but d’Agora est de réussir à agréger toutes les connaissances en termes de financements pour le compte de la formation professionnelle et de les croiser avec les données sur l’activité des individus à l’issue de leur parcours de formation. Il s’agit donc de pouvoir faire de la constatation, d’analyser des données du passé, de rendre compte que tel financement a permis de redynamiser tel ou tel secteur d’activité, ou au contraire de se rendre compte que tel secteur d’activité présente un faible taux de retour à l’emploi suite aux formations financées par tel dispositif… et d’essayer de comprendre comment le financement de la formation professionnelle va permettre d’appuyer aux mieux les actions de politique publique.

À long terme, l’idée est de disposer d’un outil de pilotage proactif, à partir d’un état des lieux à date, qui montre ce que l’on a engagé en termes de financements, qui fait le lien à l’activité des personnes en sortie de formation et qui donne des pistes pour trouver la meilleure adéquation possible afin d’orienter le financement public vers les dispositifs de formation dont chaque secteur et bassin d’emplois a le plus besoin.

Actuellement, nous commençons à avoir des croisements d’informations intéressants. Par exemple, nous utilisons les données de la DSN (déclaration sociale nominative, sorte de copie de la fiche de paie), que la Caisse des Dépôts reçoit pour alimenter les droits au CPF de tous les actifs. Via ce canal, nous avons une connaissance très fine de leur activité professionnelle post formation. Pour l’heure, les données du secteur public et celles des autoentrepreneurs ne sont pas encore utilisées.

Demain d’autres sujets et dispositifs s’annoncent aussi, au-delà d’Agora, comme le passeport d’orientation, de formation et de compétences, qui permettra d’apporter une connaissance encore plus fine sur la carrière professionnelle de tous les actifs. Ils viendront enrichir toute cette connaissance d’Agora."

Quel est le rôle de la Caisse des Dépôts dans le projet ?

La Caisse des Dépôts est mandatée par l’État pour développer, gérer et héberger le système d’information d’Agora ainsi que pour accompagner les partenaires. De ce fait, elle travaille conjointement avec la DGEFP.

Quelques chiffres clefs

  • Nombre de partenaires actuels : 40
  • Nombre de données stockées : 8 millions de dossiers de formation, dont 2,1 millions de périodes d’accompagnement en CEP
  • Actions de modification des données d’un dossier de formation : 875 000 en mars 2022
  • Et aussi des jeux de données en partage, des tableaux de bords de suivi d’exploitation, de la visualisation dynamique à disposition sur un portail

Ce projet d’une ampleur inédite se conçoit comme un espace de partage et de circulation d’informations dédiées au suivi des parcours de formation de chaque individu, qu’il soit salarié ou demandeur d’emploi, bénéficiant ou non d’un accompagnement en conseil en évolution professionnelle (CEP). Il permet à la fois de simplifier les démarches des différents acteurs du secteur en matière de reporting, de faciliter la circulation de l’information et d’éclairer l’analyse et la conduite de la politique publique de la formation professionnelle. Acteurs au premier rang desquels figurent les financeurs. Au-delà des aspects techniques et matériels, les équipes de la Caisse des Dépôts ont un rôle central dans la vie et l’animation de cette communauté des opérateurs de la formation professionnelle.

Qui sont les différents financeurs de la formation professionnelle ?

  • Les Régions (métropolitaines et ultramarines)
  • Les Opco : opérateurs de compétences qui financent des dossiers pour des salariés
  • Pôle emploi
  • La Caisse des Dépôts en sa qualité d’opérateur du Compte personnel de formation (CPF)
  • Les transitions professionnelles (organismes finançant des formations menant à des reconversions professionnelles, dans certains cas via le CPF des titulaires)
  • L’Agefiph (pour les personnes en situation de handicap dans le secteur privé)

Concrètement, à quoi la plateforme Agora ressemble-t-elle?

Agora est une base de données qui ne possède ni interface, ni portail pour la phase de collecte des données, afin que la plateforme reste à la main des partenaires. En effet, les acteurs du projet Agora ont opté pour la simplicité en définissant une structure d’information qui décrit un dossier de formation ou une période d’accompagnement par un conseil en évolution professionnelle (CEP), permettant la transmission dans la base de données. Les partenaires sont libres de développer leur propre interface pour permettre à leur gestionnaire d’entrer les informations dans Agora.

Agora rassemble toutes les données sur la formation professionnelle en France et les restitue dans un portail sous la forme de reporting de niveau de granularité et d’agréation différents, chaque partenaire ayant accès aux données nominatives lorsqu’il a transmis des éléments sur un dossier sinon aux données agrégées anonymisées, qui peut filtrer à sa guise, par région, département, ville, quartier, certification, dispositif de formation, de financement…

Comment les partenaires travaillent-ils avec la plateforme ? 

Il y a tout d’abord la phase « d’accrochage » : les partenaires sont accrochés à Agora, c’est-à-dire que leurs systèmes d’information sont connectés à celui d’Agora. C’est ensuite ainsi qu’ils peuvent transmettre, par voie d’échanges de données informatiques, en temps réel, toutes les informations en leur possession sur les dossiers ou accompagnements de formation.

En contrepartie, ils ont la possibilité d’exploiter les tableaux de bord et les indicateurs générés par Agora mis à disposition sur un portail qui leur est propre, et ils ont accès à des référentiels qu’ils n’avaient pas auparavant, à savoir :

  • le SNGI* (répertoire national comprenant nombre d’informations nominatives, comme le numéro de sécurité sociale ou le nom de naissance)
  • le catalogue de formation du CARIF OREF = catalogue offre-info
  • la liste publique des organismes de formation
  • le référentiel de la déclaration sociale nominative (DSN). 

La minute d’histoire : comment le projet Agora est-il né ?

L’histoire d’Agora commence en 2015 avec un constat : tout le monde finance de la formation, mais chacun fonctionne de son côté. Personne ne sait si cela est efficace, ni combien d’argent est dépensé. Une étude d’opportunités va alors être conduite par la Délégation générale à l’emploi et à la formation professionnelle (DGEFP), à la demande du Conseil national de l'emploi, de la formation et de l'orientation professionnelles (CNEFOP). 

Ce constat a conduit le législateur à retenir, dans la « loi travail » du 8 août 2016, la mise en place d’un système d’échange mutualisé en temps réel comme option privilégiée. L’idée est de créer un outil commun, afin que tous les financeurs de la formation professionnelle puissent partager leurs données, communiquer facilement entre eux, et avoir accès à toutes les informations liées aux dossiers et parcours de formations, tout cela construit autour d’un data-hub en interconnexion avec les systèmes d’informations existants.

Sécurité des données, unification des vocabulaires indispensable à l’échange de données, définition des protocoles standards et communs d’échanges techniques entre les systèmes d’information des partenaires, ou encore conventions fixant le cadre juridique des échanges et des relations… la Caisse des Dépôts a mené un travail de fourmi et de longue haleine pour coconstruire ce data hub, avec ses partenaires, de la collecte des informations à leur traitement en vue de livrer des tableaux de bord et autres reporting répondant aux attentes de tous et qui permettent à chaque partenaire de filtrer et analyser les données en fonction de ses priorités et centres d’intérêt. À terme, Agora s’avérera être un puissant outil de pilotage et d’orientation des politiques publiques en matière de formation professionnelle (cf. interview de Sébastien Blain ci-dessus).

Les travaux se poursuivent en 2022, avec la DGEFP, pour s’assurer que les informations transmises correspondent bien à la réalité et aussi pour accrocher les systèmes d’information et les données des opérateurs du conseil en évolution professionnelle (CEP). Les reporting vont donc s’enrichir des données relatives à l’accompagnement des usagers de la formation professionnelle.

La plateforme continue aussi à évoluer : de nouvelles fonctionnalités de mise en relation et d’échanges entre les partenaires leur permettront bientôt de se coordonner en temps réel sur les dossiers cogérés, allégeant au passage la charge de saisie des dossiers par les organismes de formation dans les différents SI des partenaires impliqués dans la gestion d’un même dossier !